Que faut-il observer pour l’étude d’un extrait de théâtre ?


1-    Si ce texte est issu d’une œuvre intégrale, quelle est sa place dans la pièce (scène d’exposition, dénouement, lien avec le titre, etc.) ?

2-    Quel est le registre dominant du texte ? Est-il plutôt comique ? tragique ? pathétique ? lyrique ? épique ?… Les registres sont-ils mêlés ?

3-    Le thème de la pièce (le sujet) et son contexte (culturel, historique, social, religieux….)


Plus particulièrement, il faut relever les éléments suivants :

1-    Quel est le genre de la pièce (comédie, tragédie, tragi-comédie ?)

2-    L’énonciation : qui parle ? (pronoms de la 1°, 3° pers…) A qui ? ( tirade, monologue, dialogue, stychomythies, etc.) ?

3-    La double énonciation (que sait le public que les personnages présents ne savent pas ? Aparté ? Cela peut-il créer un effet d’attente comique / tragique ?).

4-    Les didascalies, leurs places, leurs importances (quels renseignements nous donnent-elles sur les personnages, sur l’action, le décor, etc.) ?

5-    Où en est l’intrigue principale ? La scène la fait-elle avancer, rebondir… ?

6-    Les champs lexicaux : relever ceux qui dominent uniquement et les commenter.

7-    La versification ( rimes suivies ? embrassées ? croisées ? ; alexandrins ? décasyllabes… ? Y-a-t-il des enjambements ? des rejets ? des contre-rejets ? allitérations ? assonances ?)

8-    Les figures de style : métaphores, comparaisons, hyperboles, personnifications, litotes… A relever et à commenter.

9-    La ponctuation : est-elle présente ? Si oui, quel rôle joue-t-elle ? Si non, pourquoi ? (fluidité…)

10-    Les niveaux de langue (soutenu, familier, courant…)

11-    Les adjectifs (mélioratifs, péjoratifs) : servent-ils à faire un portrait positif ou négatif d’une personne ou d’un objet ?

12-    Les structures de phrase : interrogatives, exclamatives, affirmatives, négatives / ponctuation.

13-    Le rythme du discours : rapide, lent….en quoi peut-il montrer l’état d’esprit du narrateur ou faire lien avec le sujet du poème ?

14-    Les temps des verbes : présent, passé, futur, impératif …Commentez les emplois.


Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle peut vous servir de point de départ pour une étude de texte.

 

  Le théâtre est un genre littéraire particulier. Il est caractérisé par une double communication (le théâtre est à la fois un texte lu, mais aussi un art représenté sur scène et qui est vu par un spectateur).
 Définition : du grec « théômai » (« regarder »), le théâtre est avant tout un spectacle dans lequel des acteurs donnent vie aux personnages et agissent devant un public. Un texte de théâtre se présente en actes, découpés en scène, composées de dialogues et de didascalies qui apportent des informations en vue de la mise en scène.

I.    Le langage théâtral.
-    La didascalie : indication scénique qui donne les informations nécessaires pour le lecteur : elles permettent de connaître le nom des personnages, les divisions en actes et en scènes, les précisions spatio-temporelles, les gestes et toutes les indications de mise en scène données par l’auteur. Elle est interne ou externe.-    La réplique : réponse brève d’un personnage à un autre.
-    La tirade : c’est une longue réplique qui a pour but de convaincre, de persuader, d’expliquer ou d’avouer.
-    L’aparté : un personnage prononce des propos, en présence d’autres personnages, que seul le public entend, ce qui provoque un effet comique.
-    Le monologue : une longue tirade dite par un personnage qui s’adresse à lui-même, seul sur scène. Il permet au personnage de faire le point sur sa situation, sur la difficulté qu’il éprouve pour communiquer ou pour exprimer des hésitations quant à une décision qu’il doit prendre.
-    Le quiproquo : incompréhension, malentendu qui survient dans un échange de paroles. Chaque personnage interprète mal ce que dit l’autre.
-    La stichomythie : répliques courtes qui peuvent parfois être violentes et qui forment un échange rapide, rythmé.
-    Le « coup de théâtre » : péripétie inattendue qui constitue un renversement de situation ; cela crée un effet de surprise dans le public.
-    « deus ex machina » : expression latine qui désigne un événement dont l’intervention peu vraisemblable résout comme par miracle les problèmes que rencontre le personnage.
-    Dramaturge : auteur de pièces de théâtre.
-    Théâtre dans le théâtre : lorsque dans une pièce, les personnages se mettent à jouer la comédie, à interpréter un autre rôle.

II.    La structure d’une pièce de théâtre.
1)    La scène d’exposition
La scène d’exposition occupe le plus souvent la (ou les) premières scène(s). Elle a pour rôle de donner toutes les informations nécessaires à la compréhension de la situation : les lieux, l’époque, les personnages, leur classe sociale, l’intrigue. Elle cherche également à susciter l’intérêt, à plaire.
2)    Le nœud dramatique
C’est le moment où les obstacles apparaissent. Il permet d’enchaîner les péripéties et les coups de théâtre, ainsi que des retournements de situation.
3)    L’intrigue
Elle regroupe toutes les péripéties qui font progresser l’action ou la ralentissent.
4)    Le dénouement
Il occupe la plupart du temps les dernières scènes. Il permet de résoudre le nœud dramatique et marque la fin de l’action.

III. La mise en scène
 La mise en scène est constituée de différents éléments : l’interprétation du texte, le jeu des comédiens, les costumes, l’exploitation de la scène, les lumières, le décor…

1)    L’interprétation du texte
Le metteur en scène, comme tout lecteur, a sa propre vision de la pièce (perception des personnages, de leur psychologie…). Sa compréhension de la pièce conditionne la façon dont il va construire sa mise en scène.
2)    Le jeu des comédiens
A partir des indications données par l’auteur dans les didascalies, le metteur en scène doit représenter leur jeu. Le metteur en scène décide du déplacement des personnages sur scène, de leur gestuelle, des émotions qu’ils vont traduire (tristesse, émotion, peur, folie…).
3)    Les costumes :
Ils ont une importance primordiale au même titre que le décor. Ils ont pour fonction d’informer le spectateur sur : l’époque, le milieu social, le caractère des personnages.
4)    Le décor & les lumières :
De même que les costumes, le décor et le jeu des lumières jouent un rôle important pour situer l’action de l’histoire de la pièce d’un point de vue historique et social.

IV. L’évolution du théâtre
1)    Le théâtre antique
Dans l’Antiquité, le théâtre s’apparente à un rite religieux en hommage à Dionysos, dieu de l’ivresse. Il a aussi une dimension politique : en Grèce, les représentations sont organisées par les magistrats. A Rome, elles sont organisées par les hommes politiques ; elles sont aussi financées par de riches citoyens.
Les thèmes traités sont empruntés à l’actualité de façon à ce que le théâtre soit aussi un outil pédagogique pour le peuple. En Grèce, les pauvres perçoivent même une rémunération s’ils assistent au spectacle.
Dramaturges antiques : Sophocle, Euripide (Grecs) ; Plaute, Sénèque le Jeune (Romains).
2)    Le théâtre du Moyen-âge et du XVI°s
Le théâtre du M-A est également lié au culte religieux. La représentation se faisait en latin, le plus souvent dans des églises et les religieux faisaient la plupart du temps office d’acteurs.
Les « mystères » sont des pièces d’inspiration religieuse, qui peuvent se poursuivre jusqu’à 4 jours. Les textes sont composés en vers que jouent parfois plus de deux cents acteurs.
Les « farces » sont des pièces profanes (non religieuses) qui apparaissent au XIII°s. Ce sont  des pièces écrites pour faire rire le public des villes. Elles mettent en scène des personnages de la vie quotidienne : bourgeois, marchands, maris cocus, femmes aux mœurs légères. Elles critiquent les mœurs de l’époque.
Au XVI°s, le théâtre est marqué par les débuts de la tragédie française avec Jodelle. Le théâtre commence à s’inspirer de la commedia dell’arte, le théâtre italien né à Bergame au XVI°s. Il s’agit d’un théâtre où l’improvisation prend une grande place (personnages : Arlequin, Polichinelle, Pantalon…)
3)    Le théâtre du XVII°s
Le XVII°s est le siècle du théâtre.
-    Le théâtre baroque : apparaît à la première moitié du XVII°s. Ce dernier remet en cause la distinction entre comédie et tragédie et offre le plus souvent une intrigue particulière ponctuée de multiples péripéties exprimées au moyen de nombreux registres.
Les auteurs baroques refusent le langage soutenu : les dialogues deviennent de plus en plus libres et brutaux. Les scènes sont particulièrement meurtrières et sanglantes. L’illusion & le rêve sont des constantes majeures du théâtre baroque.
Dramaturges baroques : Calderon…
-    Le théâtre classique : la deuxième moitié du XVII°s.
La tragédie est considérée comme le genre noble par excellence. Elle met en scène des personnages illustres confrontées à des forces qui les dépassent.
Elle est soumise à des règles strictes propres au classicisme et se référant à la tradition d’Aristote (cf V. A). La comédie représente des personnages et des situations beaucoup plus communs. Sa fonction est de faire rire et de corriger les mœurs.
La tragi-comédie : La tragi-comédie se situe entre la tragédie et la comédie, elle apparaît dès le XVII°s. Ex de tragicomédie : L’Illusion comique de Corneille (1635).
4)    Le théâtre du XVIII°s
Au XVIII°s, la comédie s’inscrit dans l’élan contestataire du siècle. Grâce au théâtre, on critique les privilèges : Le Mariage de Figaro (1784) de Beaumarchais. On s’interroge sur la relation maîtres et valets, comme dans L’île des esclaves de Marivaux (1725). Les pièces s’orientent aussi vers l’analyse psychologique des personnages et de leurs sentiments..
5)    Le théâtre du XIX°s
Le XIX°s offre aussi une production théâtrale très riche, notamment avec le drame romantique.
-    Le drame romantique : première partie du XIX°s. Le drame romantique s’oppose à la tragédie classique. Le contexte historique complexe de cette période provoque un besoin de liberté : on s’affranchit des règles classiques (règle des trois unités : temps (24h), lieu (un seul) ; on conserve l’unité d’action : une seule intrigue principale ).
C’est Hugo qui fixe la théorie du drame romantique dans la préface de sa pièce Cromwell (1827).
Le drame romantique permet de jongler avec les registres, d’adopter différents niveaux de langage…
Drames romantiques : Hernani de Hugo (1830), Lorenzaccio de Musset (1834).
-    Autres genres dramatiques de l’époque : le vaudeville (comédie légère où  quiproquos et rebondissements ponctuent la vie des personnages, souvent confrontés à l’adultère. Ex : pièces de Labiche) ; le théâtre de boulevard  ( qui met en scène de façon comique la vie bourgeoise).
6)    Le théâtre du XX°s
Au XX°s, les conventions et le langage théâtral ne répondent plus aux modèles traditionnels même si quelques auteurs reprennent les mythes antiques.
Le théâtre du XX°s est plus que jamais soucieux de délivrer un message et veut jouer un rôle primordial dans la réflexion sur la nature humaine.

a)    Le théâtre de l’absurde :
Les années 50’s voient naître un nouveau théâtre à la tonalité à la fois tragique et comique. Il s’inscrit dans la lignée du « Nouveau Roman ».
Mouvement qui apparaît après la 2nde Guerre Mondiale. Aucune règle n’est prise en compte, pas même celles du langage, décousu pour signifier l’impuissance de l’homme, sa solitude, sa vie tragique.
Les héros deviennent des antihéros évoluant souvent dans le dénuement : ils ne sont plus illustres, mais peuvent être des clochards ou des êtres ordinaires.
Le théâtre de l’absurde est une réflexion sur la condition humaine et sur les limites du langage humain.
Dramaturges de l’Absurde : Samuel Beckett (Fin de partie,1957) ; Eugène Ionesco (Rhinocéros, 1959).
b)    L’adaptation des mythes :
Une partie de la production théâtrale du XX°s reprend les thèmes de l’Antiquité pour les adapter aux circonstances historiques. Les mythes sont des récits à caractère sacré qui révèlent une vérité.
Ex : Antigone (1944) de Jean Anouilh montre les problèmes posés par la revendication de la liberté, elle s’impose comme l’incarnation de toute résistance à la tyrannie.
La Guerre de Troie n’aura pas lieu (1935) de Jean Giraudoux met en scène des personnages de l’Illiade (Homère) pour dénoncer l’absurdité de la violence. Ecrite entre les deux guerres mondiales, cette pièce est aussi le reflet de la situation en Europe à cette époque.

V.    La tragédie & la comédie.
A.    La tragédie & le registre tragique.
A l’origine grecque, la tragédie met en scène des personnages et un chœur (groupe de personnes qui déclament en dansant des vers destinés à présenter ou à commenter l’action.
La tragédie antique s’inspire des mythes ou d’événements historiques. Elle met en scène des personnages confrontés à leur destin.
La tragédie doit inspirer pitié et terreur. Le spectateur doit pouvoir se libérer de ses passions grâce à ce qu’il appelle la catharsis (le spectacle de la violence et des passions négatives permet au spectateur de s’en libérer).
1)    La tragédie classique
Les tragédies classiques les plus connues sont Andromaque (1667) ; Britannicus (1669) et Phèdre (1677) de Jean Racine.
Les règles :
La tragédie classique doit comporter 5 actes. L’acte I est celui de l’exposition, les actes II, III et IV servent l’action ; l’acte V est le dénouement.
La règle des  3 unités : l’unité de temps (l’action se déroule en 24h) ; l’unité de lieu (en un seul lieu) et l’unité d’action (une seule intrigue principale).
Le registre tragique :
Le tragique renvoie aussi à une situation violente que l’homme ne peut changer. Le tragique est lié à la mort et au temps qui passe. Le tragique s’exprime par des contradictions, des dilemmes qui trouvent une issue le plus souvent dans la mort.


B.    La comédie & le registre comique.
La comédie prend sa source dans l’Antiquité. Elle est elle aussi liée au culte de Dionysos. La comédie antique n’est pas mise en scène comme la tragédie, elle ne comporte ni chœur, ni coryphée (chef du chœur).
Les acteurs représentent des personnages issus de différents milieux sociaux (esclaves, courtisanes, amants…) facilement reconnaissables à leurs costumes et à la couleur de leurs perruques.
Elle a pour but de corriger les mœurs par le rire : « castigat ridendo mores ».
Dès le XVI°s, elle est marquée par l’influence de la commedia dell’arte.
Le XVII°s apparaît comme un modèle en matière de comédie avec les pièces de Molière (1622-1673). Elle s’affranchit peu à peu des codes imposés au théâtre, même si la structure en cinq actes est encore d’actualité dans certaines pièces de Molière.
Le dénouement est toujours heureux : les méchants sont punis, les bons récompensés.
Les personnages sont, pour la plupart, issus de milieux bourgeois, ce qui transparaît dans leurs préoccupations : l’argent, la santé…
Le souci de vraisemblance est presque toujours respecté.
Le registre comique :
Ce registre est par définition ce qui provoque le rire. Il n’est pas propre au théâtre. Le comique naît d’un effet de décalage, de situations étonnantes et d’un effet de répétition.
5 types de comiques : le comique de langage (jeux sur les mots, quiproquos), le comique de caractère (le personnage est caricatural), le comique de mœurs (on critique le ridicule des mœurs de l’époque), le comique de situation (la situation fait rire), le comique de gestes (gestuelle fait rire).
Autres procédés : l’ironie, la satire, la parodie, la caricature…


Pour approfondir


LE LANGAGE DRAMATIQUE

 

Le langage dramatique est complexe pour deux rai­sons essentielles. D'une part, il résulte du travail de l'auteur dramatique qui exprime ses idées uniquement à travers le discours de ses personnages et qui, de ce fait, ne peut intervenir directement dans le dialogue. D'autre part, il doit tenir compte de ses deux éléments fondateurs : le texte théâtral et la représentation.

I. Le texte de théâtre

Le dialogue et le monologue – c'est-à-dire les paroles des personnages – d'une part, les didasca­lies d'autre part constituent les deux éléments dis­tincts et indissociables du texte théâtral. 

a. le dialogue et le monologue

    • un langage proche de l'oral

Se distinguant de l'écrit par l'emploi exclusif du dis­cours (style) direct, dialogue et monologue imitent l'oral dont ils suppriment cependant la plupart des marques. Ils ont pour fonctions communes de faire connaître au spectateur les pensées et les sentiments d'un personnage sur les autres personnages et sur l'action, et de provoquer chez lui des émotions.

    • une double énonciation

On appelle double énonciation dans le dialogue et le monologue le fait que le personnage et l'auteur dramatique sont énonciateurs (locuteurs) en même temps : les paroles énoncées par le personnage sont aussi celles de l'auteur dramatique. À cette double énonciation correspond une double destination : un personnage s'adresse en même temps à un autre personnage (ou à lui-même dans le cas du mono­logue) et au public.

Cette situation de double énonciation produit des effets comiques, tragiques, etc., car l'auteur dra­matique, qui a délégué au personnage sa parole, joue sur le degré de connaissance de chaque desti­nataire.

    • les différentes formes du dialogue

- La réplique. Base du dialogue, elle est de longueur variable. Le nombre des personnages, la longueur des répliques, les reprises de mots et d'idées d'une réplique à l'autre permettent de déterminer la qua­lité du dialogue (organisé, cacophonique, de sourds, etc.) et de caractériser la nature des relations entre les personnages. Ainsi la répartie, réplique brève et spirituelle, est souvent une réponse à une agression ou énonce un nouveau point de vue. Elle peut prendre la forme d'une sentence.

- La tirade. Caractérisée par des phrases complexes, souvent à visée argumentative, la tirade revêt géné­ralement un registre lyrique ou épique.

- La stichomythie. C'est un dialogue où les per­sonnages se répondent vers par vers. Alerte et piquante ou acide et polémique, elle est réservée aux moments intenses de la comédie ou de la tragédie, aux débats d'idées et aux conflits affectifs.

- Le récit théâtral. Il a pour mission d'éclairer les autres personnages et les spectateurs sur des faits qui ne peuvent être représentés sur scène pour des raisons techniques ou de bienséance (batailles, duels, meurtres, etc.). Il marque un changement de rythme, une pause durant laquelle les spectateurs doivent contenir leurs émotions. Il peut prendre la forme d'une narration, de la lecture d'une lettre, etc.

·       les différentes formes du monologue

- Le monologue proprement dit. C'est en fait un dialogue fictif : un personnage, seul sur scène, se parle à lui-même, interpelle un personnage absent, Dieu, un objet ou un sentiment, etc., pour exprimer son trouble ou son dilemme. Le monologue  s'adresse aussi aux spectateurs à qui il fait connaître les pensées et les sentiments d'un personnage.

- Les stances. Elles se différencient du monologue ordinaire par leur forme littéraire et poétique. Elles traduisent l'émotion d'un personnage, son débat.

- L'aparté. Présent surtout dans la comédie, il est constitué de propos brefs prononcés par un person­nage pour lui-même, au milieu et à l'insu des autres. Il s'adresse aussi au public qu'il rapproche du per­sonnage.

- L'adresse au public. Dans les formes les plus populaires de la comédie, l'adresse au public permet de faire communiquer la scène et la salle. Pris à parti, le spectateur devient le destinataire désigné de ce type d'aparté.

b. les didascalies

Éléments du langage dramatique et de la représen­tation, les didascalies, comprennent tout ce qui n'est pas dit par les personnages et permettent à l'auteur de communiquer des informations au met­teur en scène, aux acteurs et aux lecteurs. Relevant de la langue écrite, elles apparaissent seulement à la lecture de la pièce.

    • les didascalies apparaissent

- avant le début des dialogues : appelées « didascalies initiales », elles donnent le titre de la pièce, les commentaires de l'auteur, la liste des per­sonnages, les indications générales de lieu et d'époque, de décor, d'éclairage, de musique, etc. ;

- avec le dialogue : précédant une réplique ou inté­grées à une réplique, elles peuvent préciser le nom du personnage qui s'exprime, ses gestes, ses dépla­cements, le ton de sa réplique, sa diction, les brui­tages, la musique, les accessoires, etc.

Il peut arriver aussi que les didascalies se déduisent du dialogue lui-même. On parle alors de « didasca­lies internes ».

·       les fonctions des didascalies

Les didascalies ont pour fonction principale de pré­ciser la situation d'énonciation du dialogue : qui parle à qui, quels rapports entretiennent les interlo­cuteurs, quand se situe la prise de parole, etc.
Dans le théâtre contemporain cependant, elles sont souvent abondantes, marquant l'intrusion crois­sante de l'auteur dans le travail du metteur en scène. Il peut même arriver qu'elles constituent à elles seules le texte théâtral. Dans ce cas, elles peuvent être dites sur scène par une voix « off ».

·       l'énonciation dans les didascalies

Dans les didascalies, il n'y a pas de double énoncia­tion. L'auteur dramatique est le seul énonciateur ; il s'adresse exclusivement au metteur en scène, aux acteurs et aux lecteurs à qui il donne des indications sur la manière de jouer la pièce.

      II. La représentation

La représentation n'est pas une simple traduction du texte théâtral, le metteur en scène transposant un lieu imaginé (un palais, une cour) sur une scène et un texte en un spectacle vivant. Trois actions se com­binant pour qu'elle ait lieu – celles de l'auteur, du régisseur (ou metteur en scène) et de l'acteur –, elle constitue une interprétation du texte d'origine.

a. l'espace théâtral

Le théâtre peut être constitué de simples tréteaux devant lesquels se tiennent les spectateurs ; il peut être « à l'italienne » et marquer par un rideau la séparation entre la scène et la salle ; il peut encore Être constitué de plusieurs scènes, ménagées au milieu des spectateurs. La représentation diffère selon la disposition de l'espace théâtral.

b. la mise en scène

Le metteur en scène – entouré de son équipe et en accord avec les acteurs – fait vivre le texte théâtral, ses choix modifient le sens du texte, son interpréta­tion et sa signification.

Le metteur en scène choisit les acteurs ;

  • définit le ton qui repose sur la diction de l'acteur ;
  • précise les cris, les rires, les gémissements, les pleurs ou les soupirs ;
  • règle les mouvements, qu'ils soient indiqués ou déduits du texte ;
  • choisit les costumes, souvent peu décrits par les auteurs ;
  • décide du décor (antichambre, place publique...), des couleurs, des proportions ;
  • choisit les lumières et la musique
  • choisit de tenir compte ou pas des didascalies proposées par l'auteur, de proposer ou non des cos­tumes « normalement » attendus, de respecter ou non la logique du texte.

 

 

I. Le texte de théâtre

 

Le dialogue et le monologue – c'est-à-dire les paroles des personnages – d'une part, les didasca­lies d'autre part constituent les deux éléments dis­tincts et indissociables du texte théâtral.

a. le dialogue et le monologue

    • un langage proche de l'oral

Se distinguant de l'écrit par l'emploi exclusif du dis­cours (style) direct, dialogue et monologue imitent l'oral dont ils suppriment cependant la plupart des marques. Ils ont pour fonctions communes de faire connaître au spectateur les pensées et les sentiments d'un personnage sur les autres personnages et sur l'action, et de provoquer chez lui des émotions.

    • une double énonciation

On appelle double énonciation dans le dialogue et le monologue le fait que le personnage et l'auteur dramatique sont énonciateurs (locuteurs) en même temps : les paroles énoncées par le personnage sont aussi celles de l'auteur dramatique. À cette double énonciation correspond une double destination : un personnage s'adresse en même temps à un autre personnage (ou à lui-même dans le cas du mono­logue) et au public.

Cette situation de double énonciation produit des effets comiques, tragiques, etc., car l'auteur dra­matique, qui a délégué au personnage sa parole, joue sur le degré de connaissance de chaque desti­nataire.

    • les différentes formes du dialogue

- La réplique. Base du dialogue, elle est de longueur variable. Le nombre des personnages, la longueur des répliques, les reprises de mots et d'idées d'une réplique à l'autre permettent de déterminer la qua­lité du dialogue (organisé, cacophonique, de sourds, etc.) et de caractériser la nature des relations entre les personnages. Ainsi la répartie, réplique brève et spirituelle, est souvent une réponse à une agression ou énonce un nouveau point de vue. Elle peut prendre la forme d'une sentence.

- La tirade. Caractérisée par des phrases complexes, souvent à visée argumentative, la tirade revêt géné­ralement un registre lyrique ou épique.

- La stichomythie. C'est un dialogue où les per­sonnages se répondent vers par vers. Alerte et piquante ou acide et polémique, elle est réservée aux moments intenses de la comédie ou de la tragédie, aux débats d'idées et aux conflits affectifs.

- Le récit théâtral. Il a pour mission d'éclairer les autres personnages et les spectateurs sur des faits qui ne peuvent être représentés sur scène pour des raisons techniques ou de bienséance (batailles, duels, meurtres, etc.). Il marque un changement de rythme, une pause durant laquelle les spectateurs doivent contenir leurs émotions. Il peut prendre la forme d'une narration, de la lecture d'une lettre, etc.

·       les différentes formes du monologue

- Le monologue proprement dit. C'est en fait un dialogue fictif : un personnage, seul sur scène, se parle à lui-même, interpelle un personnage absent, Dieu, un objet ou un sentiment, etc., pour exprimer son trouble ou son dilemme. Le monologue  s'adresse aussi aux spectateurs à qui il fait connaître les pensées et les sentiments d'un personnage.

- Les stances. Elles se différencient du monologue ordinaire par leur forme littéraire et poétique. Elles traduisent l'émotion d'un personnage, son débat.

- L'aparté. Présent surtout dans la comédie, il est constitué de propos brefs prononcés par un person­nage pour lui-même, au milieu et à l'insu des autres. Il s'adresse aussi au public qu'il rapproche du per­sonnage.

- L'adresse au public. Dans les formes les plus populaires de la comédie, l'adresse au public permet de faire communiquer la scène et la salle. Pris à parti, le spectateur devient le destinataire désigné de ce type d'aparté.

b. les didascalies

Éléments du langage dramatique et de la représen­tation, les didascalies, comprennent tout ce qui n'est pas dit par les personnages et permettent à l'auteur de communiquer des informations au met­teur en scène, aux acteurs et aux lecteurs. Relevant de la langue écrite, elles apparaissent seulement à la lecture de la pièce.

    • les didascalies apparaissent

- avant le début des dialogues : appelées « didascalies initiales », elles donnent le titre de la pièce, les commentaires de l'auteur, la liste des per­sonnages, les indications générales de lieu et d'époque, de décor, d'éclairage, de musique, etc. ;

- avec le dialogue : précédant une réplique ou inté­grées à une réplique, elles peuvent préciser le nom du personnage qui s'exprime, ses gestes, ses dépla­cements, le ton de sa réplique, sa diction, les brui­tages, la musique, les accessoires, etc.

Il peut arriver aussi que les didascalies se déduisent du dialogue lui-même. On parle alors de « didasca­lies internes ».

·       les fonctions des didascalies

Les didascalies ont pour fonction principale de pré­ciser la situation d'énonciation du dialogue : qui parle à qui, quels rapports entretiennent les interlo­cuteurs, quand se situe la prise de parole, etc.
Dans le théâtre contemporain cependant, elles sont souvent abondantes, marquant l'intrusion crois­sante de l'auteur dans le travail du metteur en scène. Il peut même arriver qu'elles constituent à elles seules le texte théâtral. Dans ce cas, elles peuvent être dites sur scène par une voix « off ».

·       l'énonciation dans les didascalies

Dans les didascalies, il n'y a pas de double énoncia­tion. L'auteur dramatique est le seul énonciateur ; il s'adresse exclusivement au metteur en scène, aux acteurs et aux lecteurs à qui il donne des indications sur la manière de jouer la pièce.

 

II. La representation

 

La représentation n'est pas une simple traduction du texte théâtral, le metteur en scène transposant un lieu imaginé (un palais, une cour) sur une scène et un texte en un spectacle vivant. Trois actions se com­binant pour qu'elle ait lieu – celles de l'auteur, du régisseur (ou metteur en scène) et de l'acteur –, elle constitue une interprétation du texte d'origine.

a. l'espace théâtral

Le théâtre peut être constitué de simples tréteaux devant lesquels se tiennent les spectateurs ; il peut être « à l'italienne » et marquer par un rideau la séparation entre la scène et la salle ; il peut encore Être constitué de plusieurs scènes, ménagées au milieu des spectateurs. La représentation diffère selon la disposition de l'espace théâtral.

b. la mise en scène

Le metteur en scène – entouré de son équipe et en accord avec les acteurs – fait vivre le texte théâtral, ses choix modifient le sens du texte, son interpréta­tion et sa signification.

Le metteur en scène choisit les acteurs ;

  • définit le ton qui repose sur la diction de l'acteur ;
  • précise les cris, les rires, les gémissements, les pleurs ou les soupirs ;
  • règle les mouvements, qu'ils soient indiqués ou déduits du texte ;
  • choisit les costumes, souvent peu décrits par les auteurs ;
  • décide du décor (antichambre, place publique...), des couleurs, des proportions ;
  • choisit les lumières et la musique
  • choisit de tenir compte ou pas des didascalies proposées par l'auteur, de proposer ou non des cos­tumes « normalement » attendus, de respecter ou non la logique du texte.

 

 

 

LES GENRES DRAMATIQUES

 

Dès l'Antiquité, le philosophe Aristote oppose deux grands genres :

  • le genre dramatique où des personnages parlent directement et miment une action
  • le genre narratif où un narrateur raconte ce que font les personnages. Le genre dramatique – qui se rapporte au théâtre – se subdivise lui-même en deux genres
  • la tragédie, genre « supérieur » car s'intéressant aux hommes exceptionnels ;
  • la comédie, genre « inférieur » car s'intéressant aux hommes « sans grande vertu ».

Cette distinction prévaut en France de la Renaissance au XVIIIe siècle ; c'est alors qu'un troisième genre apparaît : le drame.

 

I. La tragédie et la tragi-comédie

En réaction contre des auteurs baroques qui produi­sent des tragédies spectaculaires en multipliant les péripéties et les coups de théâtre, les partisans d'un art ordonné et mesuré codifient dès 1630 la tragé­die que l'on appellera classique.

a.      La tragédie classique

Elle se caractérise par :

  • un sujet noble, puisé dans l'histoire antique, grecque, romaine ou biblique essentiellement ;
  • des personnages historiques ou légendaires de condition élevée (rois, héros mythologiques) ;
  • une action simple et grande. Obéissant aux règles des trois unités, de la vraisemblance et de la bienséance, l'action tragique doit :
    • servir une intrigue centrale unique ;
    • s'achever dans le chagrin ou le deuil ;

·  une structure stricte. Une tragédie doit :

  • se développer en trois phases - l'exposition, le noeud accompagné de péripéties et le dénoue­ment ou catastrophe (concrétisée le plus souvent par la mort d'un personnage) ;
  • se structurer ordinairement en cinq actes ;

·  l'exploitation des thèmes de la passion, de l'amour, de l'héroïsme, du devoir, de la vengeance ou de la fatalité ;

·  des procédés d'expression particuliers :

  • l'alexandrin, mètre unique et noble, est le vers tragique par excellence, traduisant autant la solen­nité des discours et le sublime des pensées élevées que le ton de la conversation quotidienne ;
  • le dialogue tragique est souvent fondé sur une logique de plaidoyer judiciaire – chaque person­nage étant tenu de justifier ses actes – ; il est le lieu des débats et de l'argumentation ;
  • les monologues et les stances sont réservés à la délibération personnelle ;
  • le récit tragique a pour fonction de faire l'éloge d'un héros ou de rapporter une péripétie impos­sible à représenter sur scène ;
  • un registre tragique ;

·  des fonctions morales et pédagogiques.

La tragédie vise à :

  • plaire et émouvoir
  • inspirer la terreur et la pitié afin de purger les passions des spectateurs (ce qu'Aristote appelle la catharsis), c'est-à-dire de donner aux spectateurs la possibilité d'évacuer leurs passions néfastes en s'identifiant aux personnages;
  • instruire par la peinture d'actions exemplaires ou condamnables, l'évocation du destin collectif des nations, l'énoncé de principes et de pensées graves.

b.      La tragi-comédie

La tragédie ne doit pas être confondue avec la tragi-comédie, genre voisin qui s'est développé à l'âge baroque (de la Renaissance à l'époque classique : XVIe - XVIIe siècle) et dont le nom signifie « tragédie qui finit bien ».
La tragi-comédie diffère de la tragédie par :

  • sa liberté envers les règles des trois unités – une tragi-comédie peut compter plusieurs intrigues, se dérouler sur plusieurs jours, mois ou années, utiliser plusieurs décors – et les règles de la vraisem­blance et de la bienséance ;
  • la multiplication d'événements romanesques (enlèvements, assassinats, retrouvailles spectacu­laires...) ;
  • son goût pour le coup de théâtre.

 

II. La comédie

Contrairement à la tragédie, on ne peut enfermer la comédie dans une définition précise et unique, car elle revêt au fil des époques différentes formes. On ne peut pas non plus la définir par le rire qu'elle provoque : la comédie peut exister sans le rire, de même que le rire au théâtre peut exister en dehors de la comédie.
Il convient donc de la définir plutôt par son type.

a.      La comédie classique

Elle se caractérise essentiellement par :

  • un sujet puisé dans la vie quotidienne
  • Le mariage de la jeune fille de la maison, une question d'héritage...
  • des personnages contemporains de condition plus ordinaire que dans la tragédie (bourgeois, hommes du peuple, domestiques...) ;
  • une action alerte :
    • qui se nourrit de multiples péripéties ;
    • où les moeurs sont peintes d'après nature ;
    • qui s'achève sur une note heureuse ;
  • une certaine liberté vis-à-vis des unités de temps et de lieu ;
  • une structure traditionnelle. Une comédie se déve­loppe en trois phases : l'exposition, le nœud accom­pagné de péripéties et le dénouement. Elle com­porte ordinairement un, trois ou cinq actes ;
  • un langage proche de la conversation : que la comédie soit en vers ou en prose, chaque person­nage s'exprime selon sa profession et son rang social ;
  • un registre comique ;
  • l'exploitation de thèmes liés à l'amour, au mariage, à l'éducation, à l'argent, à l'évolution de la société ;
  • une attention portée par l'auteur aux jeux de scène ;
  • des fonctions de divertissement, des fonctions pédagogiques et morales.

La comédie classique – dont les fonctions ressemblent à celles de la tragédie – veut :

  • divertir par la peinture des mœurs contemporaines ;
  • dénoncer les vices et corriger les mœurs.

b.      Les différents types de comédies

  • La farce (dès le Moyen Âge), héritée des Latins et bientôt relayée par la commedia dell'arte italienne, utilise des procédés comiques simples, voire grossiers destinés avant tout à faire rire le public. Courte, elle se caractérise par :
    • un rythme trépidant marqué par des répliques courtes, des dialogues à plusieurs personnages, de nombreuses entrées et sorties de personnages ;
    • des situations imprévues (rencontres, bagarres...), provoquées par une multiplication de coups de théâtre et de quiproquos ;
    • une gestuelle bouffonne (gifles, coups de bâton, mouvements incohérents...) ;
    • des caractères ridicules dont les défauts sont révélés par la répétition d'un mot, une attitude... ;
    • des modes d'expression fantaisistes (langues inventées, latin populaire, patois, jargons, bredouillements...).

La farce, devenue un genre mineur à partir du XVIIe siècle, renaît au XXe siècle : elle se caractérise alors par des noms de personnages ridicules, des situations et un langage fondés sur l'absurde et une forte charge satirique.

  • La comédie d'intrigue ou comédie de situation (à partir de 1630) s'intéresse à la représentation de la passion et de l'amour. Elle repose sur :
    • l'accumulation de situations imprévues, de coups de théâtre, de quiproquos ;
    • l'utilisation de procédés romanesques (reconnais­sances, disparitions, substitutions d'enfants, dégui­sements...) ;
    • le recours au procédé du théâtre dans le théâtre ;
    • le choix de personnages types : le fanfaron, le valet rusé, le barbon, l'ingénue, etc.
  • La comédie de caractère vise à décrire un per­sonnage en action. Elle s'attache à dénoncer ses par­ticularités de caractère, ses vices.
  • La comédie-ballet (XVIle siècle) fait intervenir des ballets au cours de l'action ou en intermède. Ces bal­lets peuvent participer à l'intrigue.
  • La comédie de moeurs s'intéresse aux groupes sociaux et aux individus d'une époque dont elle ridi­culise les défauts, plutôt qu'à la peinture de types universels. Elle se caractérise par la rapidité du rythme, l'accumulation de coups de théâtre et de péripéties, et la virtuosité verbale.
  • Le vaudeville (XIXe siècle) est essentiellement une comédie de moeurs dont le dialogue comporte jus­qu'en 1870 des parties chantées. Proche de l'opé­rette, il recourt à un comique populaire fondé sur des jeux de mots et des situations cocasses. Les comédies bouffonnes de Labiche (1815-1888) ou de Feydeau (1862-1921) reprennent la technique du vaudeville avec pour thème central le mariage acquis à la suite d'une cascade de péripéties. Fondées sur l'absurde et l'invraisemblable, elles multiplient les situations drôles vécues sur un rythme trépidant. Le théâtre de boulevard poursuit la tradition du vau­deville et de la comédie bouffonne au XXe siècle. Conventionnel et populaire, il se signale par ses mots d'auteur et ses dialogues.

 

 

III. Le drame

Le drame désigne dans la Grèce antique « toute action dramatique », tragique ou comique. Il prend un autre sens à partir du milieu du XVIIIe siècle et qua­lifie un genre particulier. Selon l'adjectif qui l'ac­compagne – bourgeois, romantique –, il correspond à une période de l'histoire littéraire et à des choix d'écriture différents.

a.      Le drame bourgeois (seconde moitié du XVIIIe siècle)

Héritier de la comédie moralisante (début du XVIIIe siècle) et de la comédie larmoyante (1730-­1750), genre intermédiaire entre la comédie et la tra­gédie, le drame bourgeois, « genre sérieux », se veut proche des préoccupations des spectateurs. Il se caractérise par :

  • un sujet qui privilégie la peinture des malheurs domestiques et de la vertu ;
  • des personnages contemporains, considérés plus dans leur rôle social que dans leur individua­lité ;
  • des situations réalistes traitées sous forme de « tableaux vivants » ;
  • un registre pathétique servant un style grandilo­quent ;
  • un intérêt porté au jeu des acteurs (voix, gestes, ton) et au décor ;
  • une volonté d'émouvoir les spectateurs et de leur enseigner la morale.

Né dans le siècle des Lumières, le drame bourgeois s'éteint avec lui. Ses innovations techniques lui sur­vivront partiellement dans le drame romantique et le drame moderne.

Remarque : le drame bourgeois ne se confond pas avec le mélodrame, bien qu'il ait avec lui des traits communs. Apparu à la fin du XVIIIe siècle, le mélo­drame est un genre populaire conventionnel qui se caractérise par :

  • des personnages stéréotypés : l'orpheline ver­tueuse, le traître sans vergogne, l'amant, le père ;
  • une structure figée en trois actes : acte I, la découverte de l'amour ; acte II, les souffrances de l'amour ; acte III, la délivrance des amants ;
  • des décors conventionnels de ruines, de châ­teaux forts ou de cimetières ;
  • un registre mélodramatique ;
  • des fonctions morales et pédagogiques : le bien l'emporte sur les forces du mal.

c.       Le drame romantique

Défini dès 1823 par Stendhal (Racine et Shakespeare), le drame romantique - en vers ou en prose - s'impose sur une période de vingt ans. Influencé par les littératures européennes, allemande (Schiller...) et anglaise surtout (Shakespeare, Byron, Walter Scott...), il se caractérise par :

  • une grande liberté de création
    • un mélange des genres : la tragédie se mêle à la comédie ;
    • un « mélange des tons » : le sublime se mêle au grotesque, le beau au laid ;
    • des personnages nombreux et divers : les per­sonnages héroïques se mêlent aux bouffons, les nobles aux roturiers ;
    • une grande liberté d'expression en vers ou en prose, chaque personnage s'exprimant selon sa fonc­tion, sa profession et son rang social ;
    • un refus de la règle classique des trois unités : action, temps et lieu. Une pièce peut comporter plu­sieurs intrigues, se dérouler sur plusieurs mois ou années, dans des lieux différents.
  • un rapport étroit à l'Histoire
    • des sujets tirés de l'Histoire (à partir du Moyen Âge) ;
    • l'exploitation de thèmes liés à l'Histoire et à la pas­sion ;
    • l'utilisation de la « couleur locale », c'est-à-dire l'introduction de traits caractéristiques d'une époque et d'un lieu donnés ;
    • un intérêt pour le décor historique.
  • un héritage de la tragédie classique
    • la réintroduction de la notion de héros, engagé totalement dans une action, une passion... ;
    • un intérêt pour la psychologie des personnages
    • une structure en trois parties : exposition, nœud et catastrophe (très souvent, la mort du héros), où à la notion de scène se substitue parfois celle de tableau.
  • des fonctions pédagogiques, morales et sociales

À travers l'émotion qu'il suscite, le drame romantique revendique un enseignement philosophique et moral. Il prétend en outre faire entendre les revendications sociales des plus humbles.


Bottom of Form

IV. Le drame moderne ou le dépassement des genres

Avec le XXe siècle, la notion de genre tend à éclater et différentes formes de théâtre coexistent. Plutôt que de tragédie ou de comédie, on aurait tendance à parler de drame moderne dont la diversité inter- dit toute définition unique et qui se caractérise par un mélange de genres, de tons, de techniques et de langage

Dans la multitude des expériences théâtrales, on pourrait distinguer trois grandes tendances :

a.      Le drame lyrique (dès le début du XXe siècle)

Héritier du symbolisme, le drame lyrique entend exprimer au travers de ses personnages la « tragédie de la vie », les profondeurs et les incertitudes de l'âme. Dégagé des contraintes d'une action centrale, il évoque souvent l'au-delà des apparences et les puissances occultes. Théâtre du trouble, de l'inquiétude, de l'angoisse, parfois du mysticisme, il se développe dans un temps et un espace « de convention » (Paul Claudel, L'Annonce faite à Marie, 1912) et privilégie la musicalité du langage, dans son souci de retourner aux sources du théâtre, à savoir à la poésie.

b.      Le théâtre d'idées ou théâtre engagé

Existentialiste pour Jean-Paul Sartre (1905-1980), absurde pour Albert Camus (1913-1960), catholique pour Bernanos (1888-1948) ou antireligieux pour d'autres dramaturges, ce théâtre reste plutôt « clas­sique dans son langage et sa dramaturgie.

c.       L'antithéâtre, théâtre d'avant-garde ou nouveau théâtre (à partir des années 1950)

Influencé par le théâtre oriental du Japon, de la Chine, de l'Indonésie ou de l'Inde, ainsi que par les recherches savantes sur le langage, il se caractérise par une remise en cause :

  • de la fonction du théâtre et de la mise en scène. L'espace scénique est recomposé, intégrant parfois l'espace traditionnellement réservé aux spectateurs ; l'auteur et le metteur en scène co-créent la pièce ; la musique et la lumière prennent une grande importance, etc. ;
  • de la communication entre les individus et du sens du langage (dialogues de sourds, désarticula­tion du langage, etc.) ;
  • du texte de théâtre lui-même (importance gran­dissante des didascalies).

 

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